Workshop de Photographie Narrative 2023

Je suis heureuse d’annoncer que aussi cette année, au prés de l’Espace Culture, j’animerai le workshop « Images sens : création d’une séquence narrative », destiné aux étudiants de l’Université de Lille.

Pendant le workshop on réfléchira sur comment plusieurs photos parlent ensemble et peuvent raconter ou évoquer une histoire. On développera la notion de photographie narrative et de série photographique, en partant par les notions de diptyque et triptyque dans l’histoire de l’art.

On abordera la question de comment on peut prendre des photos de bonne qualité sans avoir besoin d’une énorme configuration. On découvrira l’importance du cadrage, du décor, du style et des modèles qui sont essentiels au récit de notre série photo.

Ce workshop vise à aider les participants à développer un langage visuel propre, une identité photographique ainsi que des compétences pratiques et conceptuelles autour de la photographie mise en scène.

>>> À fin de vous donner une idée du travail que l’on mène lors des ces séances en atelier, voici un aperçu de ce que l’on a fait l’année passée.

  • Le premier pas pour articuler un langage à travers plusieurs photographies est d’apprendre à en associer au moins deux : on a donc travaillé sur la notion de dytique. Voici certains des diptyques qui ont été produits au tout début.

  • Par la suite on a essayé de créer des triptyques :

  • Ensuite quelqu’un a déjà commencé à expérimenter la forme du polyptyque en s’inspirant des références données en cours. Chloé Chahine qui a réalisé la série ici en bas, décrit ainsi son processus : « Ces photographies ont été mises en scène afin de répondre à la thématique suivante : concevoir une série photographique en adéquation avec le monde de la photographe Dara Scully. Après une rapide analyse de ses photographies, on remarque rapidement qu’elle met en scène des sujets dans une ambiance tournant autour de la mort et l’étrange. Ce qui ressort également de cette analyse, est que la photographe suscite la curiosité de celui qui regarde notamment sur les relations entre les sujets : Se connaissent-ils ? Ont-ils une relation équilibrée ou au contraire de domination, soumission … ? Les nombreuses photographies de Dara Scully interrogent sur la position ou posture du sujet, ainsi ce qui l’entoure. J’ai choisi de mettre en scène cinq photographies dans une ambiance étrange à la Dara Scully. Le titre évoque ainsi les différents points de vue de la série : il s’agit de la traque de celui qui photographie le sujet. En effet, sur la première photographie il s’agit d’un plan large avec peu d’indices sur ce que fait le sujet. Sur la seconde et la troisième on remarque que la caméra se place légèrement dans l’espace du sujet, avant d’être (sur la quatrième) complétement dans le champ de vision du sujet et d’en comprendre les actions. Enfin, sur la dernière photographie de la série, on se rend compte que le sujet à conscience qu’on le suit mais reste malgré tout avec un regard vide et fantomatique : comme pour la plupart des sujets photographiés et mis en scène par Dara Scully. »

Successivement on a commencé à travailler ensemble sur des thématiques choisies et sur comment transformer des concepts en images :

La paresse

Le jeu

La fête

La sensation d’exclusion, en expérimentant plusieurs angles de prise de vue et possibilités de mise en scène


  • En fin, chacun a écrit une note d’intention et réalisé sa propre série. Voici une selection des travaux réalisés avec les textes qui les accompagnent :

Chahine Chloé : « Des faux féminins »

D’où vient l’idée ? 

Ces photographies ont pour but de montrer la femme sous un autre angle. 

En effet, la femme du 21ème siècle est régulièrement sexualisée que cela soit dans les films, la vie ou encore dans le monde photographique. Le but de ce projet était donc de mettre en valeur les changements de la femme pouvant être vus comme des défauts : les vergetures, les cicatrices ou encore les tatouages. Tous ces « défauts » qui retracent simplement le passage de la vie : le changement physique avec les vergetures, les marques du passé avec les cicatrices ou encore le souhait de garder les souvenirs avec les tatouages. 

Pourquoi ce titre ? 

Le titre est un jeu de mot pouvant être vu comme une controverse. En effet, cela est une décomposition du mot « défaut » assez déconcertante. Pourquoi un tel choix ? Comme dit précédemment, le projet porte sur les défauts de la femme, mais pourquoi appelle-t-on cela ainsi ? N’est-ce pas simplement des signes singuliers que la vie suit son cours ? Le titre essaie de mettre en avant la pensée collective de la société actuelle : la femme se doit d’être parfaite, d’être femme, tout simplement, sans se préoccuper du reste. Or, elle peut aussi faire l’objet d’un sujet artistique en les dévoilant et en les assumant. 

Comment s’est faite la réalisation ?  

Sous la directive d’un projet personnel à réaliser, il a fallu trouver les moyens de le mettre en œuvre. Pour cela, les photographies ont été réalisées à l’aide d’un Huawei P30 Leica ainsi que de paillettes. Afin de mettre l’accent sur les paillettes et l’importance du jeu ombre et lumière, il y a eu quelques retouches avec Photoshop. 

Pourquoi les paillettes ? 

Les paillettes permettaient de mettre en valeur, de manière artistique, les éléments du projet. De par leur aspect brillant, elles ont permis d’ajouter une touche de lumière aux photographies, mais également de pouvoir captiver le regard sur ce qui devait être mis en évidence. En effet, outre le fait d’attirer l’œil, elles permettent de sublimer les « défauts » des modèles et ainsi faire correspondre les photographies à l’idée que souhaitait véhiculer le projet. 

Quel rapport avec l’actualité ? 

Les normes de « beauté » sont fortement véhiculées dans la vie quotidienne, à travers les publicités ou encore les réseaux sociaux. Ainsi, ce projet avait pour but de bousculer ces codes (comme de nombreuses femmes le font déjà sur les réseaux sociaux notamment), et de « dédramatiser » ces aspects du corps de la femme : tout corps peut se prêter à l’exposition photographique. 

Honorine lopes : « Mes sombres souvenirs »

« Mes sombres souvenirs » est un projet photographique narratif représentant la partie négative de
mon passé. J’ai ainsi regroupé des objets et mis en valeur des traces laissées par mon passé afin de
faire sortir ce qui a pu me marquer.
On retrouve ici une rétrospective psychologique, liant des choses qui peuvent paraître positives,
comme le soleil, mais qui à l’inverse représentent des choses péjoratives.
Le collier, autour de mon cou, représente un souvenir dont je n’arrive pas à me détacher. La
peluche, la rose et son socle représentent des objets que j’aimerai laisser tomber mais sans succès.
Enfin, je dévoile aussi des blessures de mon passé à travers les cicatrices et tatouages qui restent sur
mon corps.


Jules Jacquot :

« Par ces photos, je cherche à présenter des souvenirs. Les objets mis en scènes sont parvenus à ma grand-mère au cour de sa vie et ont chacun leur histoire. Mais ce n’est pas qu’une histoire personnelle, car ces objets ont également peuplé le quotidien de presque tout les enfants de l’après-guerre. Ces objets sont liés à des récits de ma grand-mère sur son enfance, son adolescence et sa vie d’adulte, et même s’ils restent des objets personnels, c’est toute une génération qui saura s’y reconnaître. Les mettre en scène dans leur usage quotidien, c’est aussi préserver des techniques, des pratiques et des habitudes qui nous semblent aujourd’hui lointaine, étrangère et désuètes. Et même si aujourd’hui la technologie numérique nous permet de tout faire avec un ou deux appareils, ces objets font toujours partie de nos vies, non plus en tant qu’outil, mais en tant qu’objet sentimental.

Beaucoup de gens disent que les choses matérielles nous éloignent du monde spirituel et émotif. Par ces images, je veux illustrer le contraire. Cette série s’adresse autant aux jeunes qui regarderaient intrigués les objets montrés ici, qu’aux personnes plus âgées qui en les voyant pourraient se remémorer des bribes de leur passé. »

Maelenn Rault : « Dualité »

J’ai choisi de travailler sur la dualité car toute personne a déjà été confronté à la dualité. Toutes ont pu douter et hésiter parfois sur des choses totalement opposées, contraires. Le sentiment de contradiction est quelque chose que tout le monde a au moins expérimenté une fois dans sa vie. La dualité est courante et on peut la voir au quotidien, j’ai donc voulu mettre en lumière ce phénomène souvent oublié.

La dualité peut être comprise de différentes manière. Premièrement au sens propre du terme, la dualité est un caractère ou un état de ce qui est double en soi ; coexistence de deux éléments de nature différentes. On comprend que c’est l’opposition de l’unité.

La première photo est une allégorie de cette définition. On voit un arbre scindé en deux au milieu du tronc. On peut interpréter cette image comme la déchirure et la séparation d’un être qui ne faisait qu’un au départ. Cet arbre cassé en deux après une tempête peut imager la vie d’une personne qui après un évènement grave se retrouve cassée en deux, déchirée. Cette déchirure peut également représenter la dualité entre la force de résister qui est en nous et en même temps l’acceptation tragique de son destin.

Deuxièmement, la dualité est aussi très présente dans la philosophie chinoise, notamment par la présence du yin et du yang. Le yin et le yang serait une dualité qui se trouve dans tout ce qui existe. Il s’agirait de deux états opposés qui ne sont pas en contradiction mais qui sont complémentaires et dépendent l’un de l’autre, tels que l’ombre et la lumière, le bien et le mal, le dur et le mou …

Cette deuxième photo consisterait à imager cette philosophie de la dualité par la coexistence du dur et du mou. Cette dualité est présentée par deux textures différentes, une rugueuse et dure représentée par le bois et l’autre lisse et molle représentée par le verre soufflé.

Sur la troisième photo, l’utilité de la grille pose question. Sert-elle à protéger l’arbre ou entrave-t-elle sa liberté ? Comme dans le conte de « La chèvre de M. Seguin », le désire de liberté est souvent plus fort que la protection. Si être protégé signifie restreindre notre liberté alors il est préférable de vivre libre mais dans l’insécurité. La liberté que l’on désire est parfois sujette à un enfermement dû à une protection.

Sur la quatrième photo, on peut voir la dualité entre un bon rêve et un mauvais rêve. Le bon rêve est symbolisé par le capteur de rêve et la lumière tandis que le mauvais rêve ou cauchemar est symbolisé par les ombres menaçantes. On peut également l’interpréter comme la dualité entre le bien et le mal.

Sur la dernière photo, la dualité entre l’ombre et la lumière est représentée. Chaque être éclairé par la lumière projettera une ombre sur le sol car l’ombre n’existe pas sans la lumière et inversement.
J’ai choisi de réaliser cette série en noir et blanc afin d’accentuer la dualité de chaque photo.

Julien Lefebvre : « Resilience »

Mon projet s’intitulant « résilience » est un polyptyque illustrant ma reconstruction après certains évènements passés, Mon état au fur est a mesure est illustré a la fois par le miroir peu a peu brisée puis remplacé par un par terre de fleur sensé représenté mon renouveau, quand des événements nous brises nous sommes comme des miroirs, avec des morceaux manquants de nous memes qui ne sommes déjà plus que l’ombre du reflet que nous étions avant, une reconstruction ne se fait pas seul, parfois il nous faut de l’aide comme dans mon cas remplaçant peu a peu mes morceaux brisé par des fleurs jusqu’a ce qu’il ne reste plus que moi ayant éclos au milieu des autres fleurs

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